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Le retentissement médiatique qui fait suite au nouveau record de France de température maximale enregistré ce 28 juin 2019 à Gallargues-le-Montueux suscite bien des réactions, voire même de la désinformation. Il convient donc de rétablir certaines vérités.

Tout d'abord, il semble utile de rappeler qu'en météorologie, la température est mesurée sous abri, entre 1m50 et 2 m au-dessus d'un sol naturel représentatif de la région (dans nos contrées, le + souvent de l'herbe!). L'abri sert à... abriter la sonde de température, de sorte que celle-ci mesure le plus fidèlement possible la température de l'AIR, et uniquement l'air. Exposée au soleil, ou même à l'ombre, mais posée contre un mur ou un arbre, une sonde mesure alors non pas la température de l'air, mais de l'objet sur lequel elle est installée, et subit surtout un rayonnement direct et indirect du soleil (rayons lumineux et infrarouge en direct, à minima rayonnement infrarouge de manière indirecte renvoyé par le sol et les murs notamment). Oubliez donc la T°C affichée par votre pharmacie préférée, ou celle de votre voiture, surtout à l'arrêt! (elle vous donne plus probablement la T°C issue du rayonnement de la carrosserie et du goudron...).

Le réseau professionnel de Météo-France (constitué pour partie des stations dites "synoptiques" disponibles sur Infoclimat, pour une autre partie d'un réseau secondaire Radome, et bénévoles) est soumis à des conditions particulières d'installation des stations. Non seulement les sondes de T°C doivent être placées sous abri, mais la station elle-même doit être installée dans un environnement dégagé et le plus loin possible des surfaces urbanisées. Pour cela, Météo-France s'appuie sur une classification portée par l'Organisation Mondiale de la Météorologie, déclinée en France sous la forme d'une note (dite "Note technique n°35b, éditée par la Direction des Systèmes d'Observation basée à Toulouse et disponible ici) qui distingue 5 classes d'installation. Les meilleures sont en classe 1 (le + souvent, des aéroports/aérodromes offrant des milliers de m² de terrain couverts uniquement d'herbes), les "pires" en classe 5 (surchauffe pouvant aller jusqu'à + de 5°C selon les cas, du fait de la présence d'éléments urbains ou d'une végétation très envahissante coupant en grande partie le flux d'air au sol). En règle générale, les stations Météo-France vont de la classe 1 à 3.

La station de Gallargues-le-Montueux de Météo-France qui a relevé les 45.9°C de ce vendredi est de classe 3, selon la fiche des méta-données disponible ici. Les esprits chagrins feront observer que "c'est pas top" - on leur répondra que cette classification est liée à la présence d'un canal situé à 16 m au sud de la station, dont l'effet est probablement nul dans la configuration de vent de NE qui nous intéresse. Et même si ce dernier avait eu un effet, il tendrait plutôt à minorer la T°C, l'eau du canal n'atteignant (heureusement) pas les presque 46°C mesurés. Ce que confirment les observations faites sur place par un administrateur de l'association quelques heures après l'événement. Rappelons également qu'une autre station Météo-France à 10 km de là, d'encore meilleure qualité (classe 2, voir fiche de méta-données disponible ici) située à Villevieille a enregistré une température de 45,4°C , ce qui valide si nécessaire celle enregistrée à Gallargues.

Par ailleurs, une confusion est apparue sur les réseaux sociaux quelques heures après la diffusion de ce nouveau record de France. Le hasard veut qu'une AUTRE station, issue du réseau amateur StatIC déployée par l'association Infoclimat, se situe sur la commune de Gallargues-le-Montueux (voir les données du jour sur Infoclimat ici ). CE N'EST PAS SUR CETTE STATION QU'A ÉTÉ ENREGISTRÉ ET VALIDÉ LE NOUVEAU RECORD DE FRANCE ! D'abord, parce que même si la Davis Vantage Pro2 est un matériel de qualité (en particulier l'abri), il reste du domaine semi-professionnel, avec par exemple une sonde présentant une incertitude de +/- 0,5°C et qui, surtout, ne fait pas l'objet d'un recalibrage régulier. Ensuite, parce que la station se trouve sur un toit, ce que recommande une autre note technique de Météo-France, dédiée aux passionnés de météorologie, quand ceux-ci ne disposent pas d'un terrain assez dégagé (voir note technique n39), mais dont les mesures ne peuvent être homologuées "en l'état" par des météorologistes professionnels.

Les 2 stations météorologiques de Gallargues-le-Montueux (Gard) et les valeurs de T°C maximales relevées respectivement en ce 28 juin 2019

 

Les plus attentifs constateront d'ailleurs que la station amateur a relevé une T°C INFÉRIEURE à celle relevée par la station Météo-France respectant les normes professionnelles. La violence et le caractère inédit de cet épisode va devoir faire l'objet d'étude de cas (notamment de réanalyse par les modèles numériques, d'autant que ceux-ci l'avaient particulièrement bien anticipés), mais on peut avancer l'hypothèse qu'il est issu de la combinaison de la présence d'une masse d'air en altitude exceptionnelle (26 à 30°C à 850 hPa, environ 1500 m d'altitude) et d'une convergence de mistral et de tramontane repoussant très loin le front de brise marine provoquant un effet de foehn faisant exploser les températures au sol et asséchant très sévèrement la masse d'air. Dans ces conditions extrêmes, le moindre relief a un effet immédiat sur les T°C observées en aval, et 1 ou 2 degrés d'écart entre 2 stations distantes de plusieurs centaines de mètres n'a rien de surprenant. Par ailleurs, et contrairement à ce que l'on pourrait envisager, dans certaines conditions, une station sur un toit peut SOUS-ESTIMER les T°C maximales, de la même façon qu'elle SUR-ESTIME les T°C minimales, et ce, pour une raison similaire: le sol peut rayonner plus qu'un toit dans le domaine de l'infrarouge, et l'air peut donc être plus chaud au sol dans la journée et plus froid au sol par nuit dégagée en l'absence de vent que ce que relève une station positionnée sur un toit, qui tend à "lisser" les extrêmes.

Toutes les données enregistrées tant sur le réseau Météo-France que StatIC, sont disponibles dans la rubrique "HistorIC" d'Infoclimat.

En complément, lire l'article publié en début d'après-midi par Meteo-Villes.

[05/07/2019: mise à jour de l'actualité, avec l'ajout d'une référence vers l'actualité publiée par Météo-France]

Observations faites sur place par un administrateur de l'association quelques heures après l'événement.

 

Arome13
Modélisation Arome (maille 1,3 km) de l'épisode exceptionnel du 28 juin dans son run de la veille. Cartes interactives des modèles Arpège et Arome issues de https://www.infoclimat.fr/modeles/cartes_arome_arpege.php
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