Retour

Lire un article

Connexion
Ce texte vous est relayé sur Infoclimat via le blog Itinéraires Polaires, carnet de bord édité par François Gourand, adhérent Infoclimat et hivernant en Terre Adélie en tant que météorologue à Météo-France. Bonne lecture !

Ce samedi, nous sommes dans l'attente de l'arrivée de l'Astrolabe, qui est dans le pack voisin, à quelques heures seulement de DDU, où il est annoncé en fin de nuit prochaine. En me réveillant demain matin, je devrais donc le voir. Voir un bateau arriver ici est toujours un moment spécial. C'est le passeur entre les deux mondes : le monde « normal » , où vivent  plus de 7 milliards de gens, et nous, une grosse cinquantaine en ce moment. Cela signifie aussi courrier, ravitaillement en produits frais, mais aussi des arrivées et des départs. Cette longue période d'arrivée à DDU touche ainsi à sa fin, après 6 semaines de présence ici. Une fois cette rotation R2 passée, nous allons inéluctablement basculer vers la fin de la campagne d'été, et il nous restera également 6 semaines avant le début de l'hivernage, la fameuse rotation R4, qui occupe déjà pas mal de conversations.

En attendant, l'avion attendu ce vendredi a bien pu se poser vers 17h, et c'était juste puisque la fenêtre météo était bien courte, ce qui m'a valu une journée intéressante au bureau, avec un véritable enjeu : j'avais indiqué dans mes prévisions matinales que le temps serait beau jusqu'à 16h environ, et se couvrirait vraisemblablement ensuite, avec probablement de la neige en fin de journée. Cette fois, tout s'est passé quasi exactement comme dans la prévision, le temps superbe à l'heure du déjeuner a commence à se gâter en milieu d'après-midi, et l'avion a atterri vraiment à la fin de la période favorable. Le temps de nous apporter quelques personnes venues de Concordia, et d'y envoyer enfin, en retour, Jean-Louis et François, qui attendaient cela depuis deux semaines. Le brouillard craint un peu plus tôt dans la journée est fort heureusement resté au large, comme on le voit sur une des photos proposées.

J'ai pris l'avion en photo depuis l'abri de gonflage météo, au zoom, on le devine proche de l'atterrissage sur une des photos proposées, sur un ciel qui s'est nettement couvert. L'avion est reparti moins d'une heure après s'être posé, pour Concordia. Et la neige a repris de plus belle dans la demi heure qui a suivi, ce qui aurait empêché tout trafic aérien. Dans la nuit de vendredi à samedi, il est tombé une dizaine de centimètres supplémentaires, ce qui nous fait un cumul de près de 50cm de neige, hors congères, pour la semaine ! Alors bien sûr avec les éclaircies de ce vendredi la neige s'était bien tassée, avait pas mal fondu, mais tout de même, c'est une semaine très neigeuse que nous avons connue, qui me semble un peu inhabituelle. Nouvelle séance d'une petite heure de déneigement ce samedi matin, en tout cas, pour se maintenir en forme. Normalement, on devrait être tranquille jusqu'à mardi, côté neige. Normalement…

Enfin je termine ce billet sur un sujet différent : j'ai participé comme cobaye photographique à l'expérience menée par Paul Robach, qui est sur la base depuis un mois pour cela, en plus de proposer des ateliers escalade le week-end, et d'encadrer les formations Rescue de l'équipe de la TA70 à ses heures perdues. Paul s'occupe d'un programme (ANTARCV) de recherche biomédicale de mesures du volume sanguin à Dumont d'Urville (avec l'aide de Sarah, notre médecin, qui sera son relai pendant l'hivernage) et Concordia (où un autre médecin accomplit le même travail). Cette étude, réalisée en simultané sur deux groupes d'hivernants dans deux stations, à Dumont d'Urville au niveau de la mer et à Concordia en haute altitude, a pour objectif de mieux comprendre l'effet combiné du manque d'oxygène (hypoxie) et du confinement/isolement sur la régulation des volumes sanguins et la santé vasculaire, en vue des futures mission spatiales lointaines. Dans cette étude, les volumes sanguins sont déterminés de façon répétée au cours d'un l'hivernage, au moyen de la technique de rebreathing au monoxyde de carbone. La viscosité sanguine, l'activité physique, ainsi que les marqueurs biologiques de la synthèse des globules rouge et de la régulation du fer sont également évalués dans le programme.

La photo proposée est une illustration pour le programme, où l'on me voit donc allongé, prétendument piqué par Sarah, dans la véritable salle de soins de notre dortoir, à l'angle nord-ouest du bâtiment, avec les véritables appareils utilisés par Paul et Sarah, pour effectuer les mesures sur les véritables cobayes durant toute l'année. Notez la vue assez exceptionnelle depuis les fenêtres de la salle de soins. Paul va monter sur l'Astrolabe tout proche dans les 48h à venir et nous quitter ensuite, laissant un certain vide, avec les quelques uns qui vont repartir avec cette rotation R2 et qui nous accompagnent depuis notre arrivée sur la base. Fin du premier acte.

Retour