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Ce texte vous est relayé sur Infoclimat via le blog Itinéraires Polaires, carnet de bord édité par François Gourand, adhérent Infoclimat et hivernant en Terre Adélie en tant que météorologue à Météo-France. Bonne lecture !

J'y songeais depuis un moment, on me l'a par ailleurs réclamé, le voici : un billet entièrement dédié au manchot Adélie, ce drôle d'oiseau qui ne vole pas et qui est notre compagnon d'été, au quotidien, sur la base. J'avoue que je m'y suis assez peu intéressé à mon retour sur la base début décembre, parce que je dois reconnaître déjà que je ne suis pas un immense fan d'oiseau en général, mais surtout parce que ça n'était pas quelque chose de nouveau, que ça fait vraiment partie du décor local, de ces choses familières que j'ai eu plaisir à retrouver, mais pas avec la même intensité de la découverte d'il y a 11 ans.

Le manchot Adélie est cependant un oiseau assez attachant car il grogne, il détale parfois, il plonge et ressort en sautant de l'eau, et surtout, ces dernières semaines, le spectacle de nourrissage de ses poussins est  toujours très marrant : les poussins courent derrière l'adulte en le harcelant véritablement, jusqu'à ce que l'adulte consente à les nourrir. Ça donne vraiment lieu à des course-poursuites juste sous nos fenêtres, on peut même observer ça de l'intérieur. 

DDU est une des seules bases à être bâtie au coeur d'une manchotière Adélie, avec en plus la manchotière d'empereurs à proximité, une situation exceptionnelle qui explique les nombreuses et fréquentes recherches menées par les ornithologues sur la base, depuis le début. J'aurai évidemment l'occasion de reparler des empereurs plus tard, car il n'y en a plus, a priori, sur l'archipel, en ce moment, ils reviendront dans 2-3 mois, vers le mois d'avril, de mémoire, nous offrant ce merveilleux spectacle de colonne sur la banquise, justement célébré par le film « La marche de l'empereur », tourné à DDU dans les années 2000 (2003 de mémoire).

Autant il faut « descendre » de note caillou, du coeur de la base, pour aller voir les manchots empereurs, qui habitent sur la banquise, autant les manchots Adélie nichent et vivent sur les cailloux, donc chez nous. Ou plutôt c'est nous qui vivons chez eux, car ils étaient évidemment là bien avant nous… Tout l'enjeu est évidemment de perturber aussi peu que possible leur vie, ce qui est un défi avec les bruits de la base, en été l'hélicoptère, l'activité des véhicules, etc… Priorité aux manchots sur les routes de la base, bien sûr, que ce soit en véhicule motorisé, ou à pied !

Le manchot Adélie se reproduit en été austral sur l'archipel Pointe Géologie, où on estime la présence de 30 à 40 000 couples, de mémoire, sur les différentes îles, l'île des Pétrels où se trouve le coeur de la base étant, pour rappel, la plus grande. Ils constituent un nid de cailloux, et sont apparemment assez fidèles à leur partenaire, pour une large majorité d'entre eux, ils reviennent donc après avoir beaucoup nagé dans des contrées moins froides, au nord, durant l'hiver austral, retrouver leur partenaire, refaire un nid et pondre un ou deux oeufs. L'éclosion des oeufs se produit vers Noël, un peu avant pour les premiers. Ensuite, la croissance des poussins, d'abord minuscules et bien au chaud sous le ventre de leurs parents, est fulgurante.

En effet, un gros mois après leur naissance, ils ont quasiment la taille adulte (40-50cm 4-5kg), ils commencent ces jours ci à muer et à perdre leur pelage de poussin, pour devenir des Adélie adultes, avant de plonger dans l'eau pour la première fois prochainement, en février. En mars, tous les manchots Adélie, poussins de l'année comme adultes, quittent l'archipel pour les contrées du nord. Nous ne les reverrons alors qu'en fin d'hivernage, fin octobre, pour un nouveau cycle de reproduction sur l'archipel. Pendant 7 mois et quelque, nous n'en verrons plus un seul, et le coeur de la base deviendra très calme, désertique et battu par les vents, seulement peuplé d'hivernants. Les manchots empereurs seront nos seuls compagnons à 10min de marche de chez nous.

Avec la croissance importante des poussins, le spectacle toujours prenant et amusant du harcèlement des parents, je les ai davantage observés durant tout ce mois de janvier, ils se sont regroupés entre eux en « crèches » tandis que les parents prenaient un peu de distance, au fil du temps.  On approche déjà de la fin de ce cycle ultra rapide, je profite donc un peu plus de leur présence, avant notre désert blanc. Pour info, il existe d'autres espèces de manchots, on les trouve généralement dans des contrées moins froides, notamment dans les îles subantarctiques (Crozet, Kerguelen pour les françaises), et un spécimen de manchot à jugulaire a été observé un soir sur l'île des Pétrels, un touriste égaré bien loin de chez lui, ça arrive parfois !

Une dernière ligne sur la météo, pour signaler que nous avons retrouvé des rayons solaires ce mardi 28 janvier, pour la première fois depuis le mardi 21, il y a donc une semaine exactement, le record de faible ensoleillement pour un mois de janvier ne nous échappera pas cette année, j'y reviendrai bientôt !
















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