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Ce texte vous est relayé sur Infoclimat via le blog Itinéraires Polaires, carnet de bord édité par François Gourand, adhérent Infoclimat et hivernant en Terre Adélie en tant que météorologue à Météo-France. Bonne lecture !

Date symbolique importante, ce samedi : cela fait exactement 6 mois qu'avec la grande majorité de notre TA70 nous sommes arrivés à Dumont d'Urville, à bord de l'Aurora Australis, le 6 décembre. A tous, cela commence à paraître assez logiquement un peu loin, ça fait tout de même une demi année, déjà remplie de nombreux souvenirs, plutôt très bons en général !  Comme la durée d'un séjour local est la plupart du temps assez proche de 12 mois, on peut considérer qu'on arrive vraisemblablement à la moitié de notre séjour adélien. Même s'il y a forcément en cette année 2020 très spéciale des incertitudes de calendrier, il est probable que je quitte  DDU courant décembre, dans 6 mois, comme un grand nombre d'entre nous.

Le bilan de cette première moitié de séjour est excellent, cela a parfaitement rempli mes attentes, dans tous les domaines, et s'il n'y avait pas eu ma petite chute de la fin avril avec ses funestes conséquences pour mon appareil photo, le bilan serait même parfait. L'ambiance est toujours très bonne dans notre groupe, et nous commençons sérieusement à parler de note Midwinter, notre fête de mi-hivernage, qui débutera exactement dans deux semaines, et qui durera une semaine. Cela sera l'occasion de faire jeux et activités spéciales tous les jours, organisés par les uns et les autres, alternativement, ce qui devrait bien nous lancer ou relancer vers la fin du séjour, une période dont j'ai gardé de 2009 un excellent souvenir, avec les jours qui rallongent tant.

Si je me projette un an en arrière, j'étais à chez moi à Vincennes, à l'aube de la période où tout s'accéléra dans la préparation du départ. Je crois que je ne réalisais pas encore complètement à cet instant ce que ce serait, de revenir effectivement ici. Et si je me projette maintenant un an en avant, il est probable que je me retrouve dans mon appartement vincennois, à faire le même boulot que celui que j'avais l'an passé, puisque je viens de candidater officiellement pour reprendre mon poste de prévisionniste météo à l'unité Médias de Météo-France, à Saint-Mandé. Je n'ai que des bons souvenirs de ce poste, et c'est une chance qu'il soit à nouveau disponible dans les prochains mois, j'espère donc que je serai repris, mais comme il ne semble pas y avoir foule de candidats, ça semble possible !

En attendant, je suis bien dans ce mois de juin 2020 à DDU, où nous sommes de plus en plus confinés par les journées très courtes, aujourd'hui avec un lever de soleil à 11h11, et un coucher à 14h05. Moins de 3 heures de jour, oui, mais en réalité, l'aube et le crépuscule durant chacun une bonne heure, on y voit bien dehors, quand le ciel est dégagé comme aujourd'hui, de 10h à 15h, en gros. Pas mal, en considérant que nous sommes un peu au delà du cercle polaire antarctique ! En tout cas, la lumière plus rasante que jamais est superbe, juste avant, pendant et juste après le jour solaire. Le froid n'était pas extrême ce samedi, avec -18/-20°C, et le vent souvent assez modéré, ce qui fait que rester dehors à observer ce beau spectacle était tout à fait envisageable !

Il y a 6 mois, c'était le plein jour polaire, une lumière omniprésente aveuglante, l'agitation estivale de la base, l'euphorie de l'arrivée, bien sûr. En un sens, c'est passé vite, bien sûr, mais c'est surtout bien passé, et j'ai aussi pu profiter d'instants plus lents, à sentir le temps s'écouler paisiblement dans la quiétude de ce monde antarctique peu perturbé par l'activité humaine. Ravi d'être ici en ce moment, je me réjouis à la perspective de rentrer dans un monde pourtant bien plus perturbé, complexe et, très probablement, malade, que la Terre Adélie. Pour y retrouver les proches, y faire tant de choses impossibles ici, et me battre, à mon échelle, apporter ma pierre à l'édifice. On mesure peut être mal, de loin, le confort du cocon adélien, favorisé par l'éloignement, surtout en cette année 2020 si spéciale. Je me tiens résolument informé de l'actualité du monde, pas autant que si j'étais en métropole, bien sûr, mais assez pour savourer notre situation privilégiée. Bon courage à tous, au front, et à bientôt !




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