Retour

Lire un article

Connexion
Ce texte vous est relayé sur Infoclimat via le blog Itinéraires Polaires, carnet de bord édité par François Gourand, adhérent Infoclimat et hivernant en Terre Adélie en tant que météorologue à Météo-France. Bonne lecture !

Très belle période froide et claire qui s'achève ce dimanche par un nouveau record de froid pour notre TA70 et cette année 2020 : hier samedi, les 29,2°C du 10 juin avaient déjà été battus avec -29,4°C en matinée, mais la nuit passée, le thermomètre s'est abaissé à -31,1°C, ce qui nous a permis de franchir la barre symbolique, mais attendue, des -30°C ! A peu près au même moment, on a mesuré près de 38°C à Paris, ce qui fait qu'il y avait 69 degrés d'écart entre mon domicile actuel, et mon ex et futur domicile vincennois.Le contraste avec la canicule qui sévit en métropole atteint ainsi son paroxysme, et ce n'était pas évident d'avoir en même temps une canicule et un pic de froid ici, bien que la saison s'y prête.

Quelques heures avant ce record, en soirée de samedi, nous avons connu notre record de froid ressenti également avec autour de -28°C et un vent qui atteignait 45km/h en moyenne, pour des rafales à 70-80km/h, soit un ressenti de -46/-47. Les sorties extérieures étaient rapidement glaçantes. J'ai cru hier qu'en dépit de l'amélioration du record de juin, nous n'atteindrions pas les -30°C, et il a fallu un concours de circonstances cette nuit pour que cela se produise.

La barre des -30°C a été franchie pendant 56 petites minutes cette nuit : entre 23h49 et 00h45. Avant et après cette courte période, la température était assez stable autour de -27/-28... Alors que s'est il passé, difficilement prévisible ?

Tout simplement que le petit catabatique qui a soufflé un peu toute la nuit s'est interrompu peu après 23h, le vent a lentement basculé au nord en faiblissant. Ce faible vent du nord a fini par nous ramener de l'air de plus en plus froid situé sur la banquise au large. Pourquoi l'air est-il plus froid au large que près des côtes ? Parce qu'on y est plus loin de l'influence du catabatique, un vent qui, en descendant la pente du continent, par compression, se réchauffe (et s'assèche).  Donc, plus loin de la côte sur le plat de la banquise, il fait régulièrement plus froid qu'à DDU.

Ensuite, peu avant 1h, le vent a tourné à nouveau et repris une petite composante catabatique, ce qui a mécaniquement fait remonter la température, chassant cet air bien froid venu du large, puis le catabatique s'est établi à nouveau et on a récupéré nos -28°C d'avant la bascule du vent. Un tel revirement du vent pendant moins d'une heure est totalement imprévisible avec les modèles dont nous disposons, tout juste voyait-on que le vent devait faiblir en milieu de nuit, ce qui facilite une bascule, mais cette dernière n'était pas vue.

On reste cependant bien loin du record de froid de DDU qui est de -37,5°C le 4 août 1990, et on atteint la barre des -30°C environ 3 jours par an, en moyenne, ça n'a donc rien d'exceptionnel en soi, mais en 2009 on ne l'avait pas atteinte, et de loin (-25,3°C à peine au plus froid, exceptionnel). Cela faisait en quelque sorte partie de mes « objectifs météo » en revenant ici. Restent les 200km/h (187km/h max en 2009), dont on est encore loin à ce jour (184km/h), et je suis encore sur place pour environ 3 mois, on verra bien.

En tout cas, l'ensoleillement généreux de ce début août, combiné avec le franc rallongement des journées donne l'impression claire que nous quittons l'hiver adélien, la luminosité est maintenant forte à la mi-journée, et il va bientôt falloir songer à se protéger des UV, surtout si le trou saisonnier de la couche d'ozone passe au dessus de la Terre Adélie, à surveiller prochainement ! Autre symbole, la lumière du jour commence à revenir pendant l'heure du petit déjeuner, alors que ça faisait des mois que nous le prenions dans la nuit noire, ça fait du bien aussi. Tout ceci nous pousse inexorablement vers la fin du séjour...

On trouvera dans les photos jointes à ce billet un certain nombre de photos de mon tour de l'île de ce mercredi 5, je suis passé voir les manchots bien sûr, avec les petits poussins qui grandissent régulièrement, qu'on entend en tout cas très bien, même depuis la base, au sommet de l'île des Pétrels. 

Je termine en souhaitant bon courage à tous pour affronter la chaleur infernale de la canicule, surtout en ville bien sûr, certainement un des aspects les plus inhospitaliers du monde que nous allons retrouver dans quelques mois, et qui est parti pour durer des décennies, voire des siècles, il faudra bien trouver des façons intelligentes de limiter ce réchauffement et de nous adapter. Je vois que cette année c'est dans le nord du pays que les chaleurs sont les plus remarquables : le fait de dépasser les 35°C était exceptionnel à Lille : depuis 3-4 ans, c'est tous les ans, et même plusieurs fois cette année, on a vraiment l'impression que le climat s'est réchauffé d'un coup ces derniers étés. Allez, je retourne profiter des -25°C de ce dimanche 9 août, un luxe !





Retour