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Ce texte vous est relayé sur Infoclimat via le blog Itinéraires Polaires, carnet de bord édité par François Gourand, adhérent Infoclimat et hivernant en Terre Adélie en tant que météorologue à Météo-France. Bonne lecture !

Lundi 7 Septembre, avec cette surprenante débâcle, est maintenant derrière nous. Toute la question est de savoir si une nouvelle banquise va pouvoir se reformer dans des conditions suffisamment sûres pour nous redonner accès aux zones qui ont débâclé dans les prochaines semaines. En septembre 2006, la débâcle avait mis un terme définitif à la banquise annuelle. En septembre 2018, le débâcle, proche de celle que nous avons vécue, en terme d'ampleur, avait été suivie d'un regel important et avec 40cm mesurés quelques semaines plus tard, on pouvait à nouveau marcher en sécurité sur la banquise reformée.

Mardi 8 et mercredi 9 ont été deux belles journées largement ensoleillées, claires, avec des températures comprises entre -16°C et -10°C. Début septembre, avec un rayonnement solaire qui s'éveille encore de son long sommeil hivernal, ce sont des conditions largement suffisantes pour regeler la mer ouverte, ce qui s'est produit, en reformant une zone de banquise sombre, grisâtre, facile à différencier de notre « vieille »  et épaisse banquise formée il y a 6 mois. On pouvait estimer mercredi après-midi que, 48h après le débâcle, une couche d'une dizaine de centimètres de glace de banquise s'était ainsi reformée sur les zones concernées. Je propose quelques photos prises ces deux jours, avec une belle luminosité, j'adore ces périodes de regel de l'eau de mer, ça me rappelle le cas de notre polynie de juillet 2009, qui avait donné lieu aux plus belles photos de ma TA59. Mardi 8, nous avions également organisé un petit barbecue, et une moitié de notre TA70 a profité du beau temps sans vent pour déjeuner sur deux tables dressées dehors, un bien beau souvenir, ambiance station de ski !

Hier jeudi 10, une perturbation a apporté un peu de vent et surtout une couche d'une vingtaine de centimètres de neige fraîche, légère, qui s'est peu compactée, en raison du vent relativement modéré (rafales à 70-80km/h maximum, pendant quelques heures à peine). Pas un événement météorologique de nature à fragiliser la jeune banquise. Mais la vaste dépression qui a engendré cette perturbation a provoqué une forte houle de nord-ouest, avec des vagues estimées entre 6 et 8m, qui ont dû fragiliser le pack voisin. Cette houle était attendue à DDU hier en fin de journée, et dans la nuit. Ce vendredi 11, on ne constate visuellement aucune nouvelle fracture. La banquise est recouverte d'un blanc plus uniforme, avec la couche de neige fraîche sur la jeune banquise, qui apparaît à peine plus foncée. Pas d'eau libre en vue, en tout cas.

Notre regard est maintenant tourné vers dimanche et lundi, où l'on attend le passage de « ma » tempête, la tempête François, sur la région. Une dépression très creuse, aux environs de 940hPa en son centre, devrait s'approcher d'ici, engendrant des vents violents, qui viendront probablement fragiliser notre jeune banquise. Les scénarios météos ne sont pas encore stabilisés, certains d'entre eux voient une petite dépression secondaire faire durer la tempête une partie de la journée de lundi, ce qui aurait dans ce cas un effet un peu plus destructeur sur la banquise. Nous verrons bien ce que la Nature nous réserve. En tout cas, inutile de s'intéresser sérieusement au sort de notre jeune banquise avant le passage de la tempête, on fera le bilan après, surtout si une période de temps durablement plus calme est entrevue. Le suspens est à son comble concernant l'impact de la tempête à venir, réponse en début de semaine prochaine !

En tout cas, c'est amusant d'observer le comportement des manchots Empereurs depuis la débâcle : ravis de l'aubaine lundi, qui leur permettait d'aller pêcher pour se nourrir à moins d'un kilomètre de la manchotière, ile ne savent pas trop quoi faire depuis que ça a regelé : dès le lendemain, on les voyait s'arrêter à la limite ancienne/nouvelle glace, hésitant longuement, interminablement presque, à avancer plus loin. Et depuis, particulièrement aujourd'hui, on les voit longer en longues files la bordure de la jeune banquise, balisant parfaitement la limite. Ils cherchent peut être une zone d'eau ouverte qui leur permettrait de rentrer dedans. On les voit ainsi glisser sur le ventre dans un sens, puis dans l'autre, tout du long, un spectacle bien étonnant, dont je propose quelques photos.





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