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Ce texte vous est relayé sur Infoclimat via le blog Itinéraires Polaires, carnet de bord édité par François Gourand, adhérent Infoclimat et hivernant en Terre Adélie en tant que météorologue à Météo-France. Bonne lecture !

La tempête François attendue depuis quelques jours est bien passée à DDU, elle a débuté avec quelques heures de retard dimanche peu après 13h, et le vent s'est alors nettement renforcé pour souffler très fort ensuite pendant les 20 heures suivantes, jusqu'à ce lundi vers le lever du jour. Elle a culminé hier dimanche en milieu d'après-midi, avec une moyenne de 123km/h sur 10 minutes, et une pointe à 177km/h, mais ça a soufflé très fort la nuit dernière, où le dortoir a bien vibré sous les puissantes rafales, souvent entre 150 et 170km/h. Avec cette moyenne élevée, la tempête François se classe comme la deuxième tempête la plus forte de notre TA70, juste derrière la tempête Michel du 21 mai. Il s'agit de notre 14ème tempête. Elle s'est également signalée par le blizzard probablement le plus épais que nous ayons connu cette année, avec une visibilité de quelques mètres à peine tout l'après-midi de dimanche.

Pour l'anecdote, cette tempête est le 4ème ouragan de notre TA70, car pour atteindre la force ouragan sur l'échelle Beaufort, il faut que le vent atteigne en moyenne sur 10min la valeur de 118km/h, ce qui est ainsi réservé aux plus fortes tempêtes locales. Après Aurore, Michel et Valérian dans l'ordre chronologique, c'est donc François qui s'ajoute à la liste de nos « ouragans » 2020. Ca n'a évidemment rien de surprenant ici, et cela gêne et limite essentiellement nos déplacements entre les bâtiments, où il faut prendre garde de ne pas se faire bousculer trop fort. 

Certaines congères se sont formées, comme devant la sortie Ouest du séjour, où elle est particulièrement montée, ce qui a donné lieu à une séance de pelletage collectif ce lundi matin à 6 ou 7 personnes (avec Valentin, Antoine, Michel, Régis, Luc, et Malik) pendant une bonne heure pour en venir à bout, et récupérer l'accès au séjour de ce côté, photo avant/après jointe à ce billet. En revanche, aucun problème à la sortie du dortoir, où il n'y a eu aucune accumulation, on pouvait circuler facilement en utilisant les marches taillées dans la congère, à peine déformées, pendant toute la tempête. Mystère des congères, un petit décalage dans la direction du vent, et les conséquences qui sont bien différentes selon les endroits sur la base…

Comme on pouvait s'y attendre avec cette forte tempête, la jeune banquise qui s'était reformée ces derniers jours a entièrement débâclé. On n'a pas vu grand chose dans la matinée de ce lundi avec un vent encore fort chassant beaucoup de neige, puis, sans parler de réelle accalmie cet après-midi (encore des rafales à 80-90km/h), on a récupéré un peu plus de visibilité, ce qui a permis de constater l'ampleur de la débâcle : la mer semble avoir légèrement progressé par rapport au niveau de lundi dernier et cette débâcle surprise du 7. L'eau rentre un peu plus dans le chenal du Lion, peut être d'une cinquantaine de mètres, par exemple. Surtout, les plaques de glace détachées il y a une semaine, qui restaient bien visibles, ont été balayées vers le large cette fois, poussées par le vent, et on a vraiment l'impression d'être revenu au bord de la mer. 

Les prochains jours s'annoncent un peu plus calmes, mais avec une menace de petits catabatiques intermittents, et des températures un peu plus froides, qui devraient tout de même aider à reformer une jeune banquise… qui restera tout aussi fragile, sensible aux coups de vent. J'avoue que j'apprécie de revoir l'eau, qui agrémente tellement le paysage de couleurs différentes, mais il est certain que cela limite nos possibilités de sortie autour de la base… On va voir dans quel sens cela va évoluer dans les prochains jours !


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